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CNH 2026 et la Maurienne

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Actualité · septembre 2026

CNH 2026 : les annonces nationales à l'épreuve de la Savoie et de la Maurienne

Cheminement accessible dans un village de montagne

La Conférence nationale du handicap du 4 septembre 2026 affiche une ambition : passer d'une politique d'inclusion souvent fondée sur des dispositifs à une accessibilité effective de la vie quotidienne. Le principe est juste. Reste à savoir ce qu'il produira ici, dans une vallée alpine où les distances, le relief et la saisonnalité pèsent sur chaque déplacement.

Emmanuel Macron a présenté une stratégie nationale de l'accessibilité de 65 mesures, à décliner en feuilles de route ministérielles. Plusieurs associations relèvent déjà un manque : aucun engagement financier supplémentaire clairement chiffré. Or, rendre accessibles le logement, les transports et les services publics d'un territoire de montagne suppose des investissements lourds.

Une feuille de route centrée sur l'autonomie

L'idée directrice est simple : une personne handicapée doit pouvoir accomplir seule les gestes ordinaires de la vie sociale. Payer. Traverser une rue. Faire une démarche en ligne. Se loger, étudier, travailler, se déplacer, accéder à la culture. Voici les principales annonces, telles que rapportées par la présentation officielle de la CNH (ouvre un nouvel onglet) :

Domaine Annonce
Vie quotidienneTerminaux de paiement accessibles, commandes vocales des feux sonores, sites internet accessibles
LogementRépertoire national des logements sociaux accessibles, critères harmonisés (début 2027)
École3 000 pôles d'appui à la scolarité visés, « projet de réussite unique » de la maternelle au lycée (rentrée 2027)
ÉtudesParcoursup, Mon Master, bourses et logement étudiant accessibles (fin 2026)
EmploiEmploi accompagné renforcé (20 000 bénéficiaires en 2028), concertation sur l'obligation d'emploi
Autisme et TNDNouvelle stratégie nationale 2027-2032 : repérage précoce, adolescents et adultes, situations complexes
Culture, sportÉdition adaptée, plus de séances de cinéma accessibles (2027), sport inclusif

Ces mesures prolongent des avancées réelles : déconjugalisation de l'AAH, remboursement intégral des fauteuils roulants, forte progression de la scolarisation en milieu ordinaire (plus de 550 000 élèves en situation de handicap en 2025, contre 321 000 en 2017). Le ton a changé. L'accessibilité n'est plus une simple obligation technique sur les bâtiments : elle devient une condition de l'égalité réelle. Le problème est ailleurs. Cette ambition repose encore sur des mesures à finaliser et des groupes de travail, quand les obstacles, eux, sont déjà là.

La Maurienne, une vallée de montagne à l'épreuve

Ici, l'accessibilité ne se pense pas comme en ville. La vallée est linéaire, étirée le long de l'Arc, organisée autour de Saint-Jean-de-Maurienne, mais parsemée de communes et de stations perchées, à forte amplitude d'altitude. Et un événement domine tout : le chantier du Lyon-Turin, qui redessine la gare de Saint-Jean et bouleverse déjà les transports et le logement de la vallée. Cette réalité crée quatre risques de rupture : la mobilité, le logement adapté, l'accès aux droits et la continuité des accompagnements.

Se déplacer, dans une vallée en travaux

Le train est l'épine dorsale de la Maurienne. Or les travaux d'interconnexion du Lyon-Turin l'ont mis à rude épreuve : d'après SNCF Réseau (ouvre un nouvel onglet), le trafic ferroviaire a été totalement interrompu entre Chambéry et Modane du 11 septembre au 9 octobre 2026, les trains étant remplacés par des cars de substitution. Ce n'est pas un épisode isolé : les suppressions de week-end et les substitutions par bus rythment la vie de la ligne depuis des mois.

Pour une personne à mobilité réduite, un car de substitution n'a rien d'anodin. Un bus n'offre pas la même accessibilité qu'une rame, les correspondances s'allongent, et l'information voyageurs se complique. À cela s'ajoutent des navettes vers les stations souvent conditionnées à une réservation 24 heures à l'avance, une accessibilité « avec aide », parfois limitée au week-end. Un service « accessible sous conditions » n'est pas une mobilité autonome. Une réservation obligatoire interdit le déplacement imprévu, celui du rendez-vous médical ajouté la veille. Et ce sont les habitants permanents, les salariés et les jeunes en formation qui en paient le prix, toute l'année.

Se loger, sur un marché sous pression

Le futur répertoire national des logements accessibles répond à un vrai besoin. Mais en Maurienne, il arrive dans un marché déjà saturé par le même chantier. Le Lyon-Turin, qui se poursuit jusqu'en 2030, emploiera au pic plus de 3 000 salariés, dont près de 1 700 à loger sur place, avec une trentaine de nouveaux arrivants chaque semaine. France 3 Alpes (ouvre un nouvel onglet) décrit des taux de remplissage proches de 100 % et des résidents locaux qui peinent à se loger.

Dans ce contexte, trouver un logement adapté au handicap relève de la gageure : quand l'offre ordinaire manque déjà, l'offre accessible devient introuvable. Des opérations existent, comme la réhabilitation d'un immeuble à Saint-Jean-de-Maurienne qui prévoit onze logements adaptés PMR. C'est utile, mais un immeuble ne fait pas une politique de territoire. Un registre national ne servira que s'il intègre ce que la montagne impose : déneigement, pentes, cheminements praticables et accès aux services tout l'hiver.

Accéder à ses droits

Sur ce point, la Savoie dispose de bases solides. En 2024, la MDPH a traité près de 25 000 demandes et rendu plus de 30 000 décisions. Le dépôt de dossier en ligne existe désormais, tout comme l'admission en établissement via ViaTrajectoire. Ces outils rejoignent l'objectif national de démarches accessibles. Attention cependant : dématérialiser n'est pas rendre accessible. Dans une vallée où le réseau est inégal et où une partie des habitants est éloignée du numérique, il faut maintenir plusieurs portes d'entrée : un site vraiment utilisable, un accueil téléphonique et physique de proximité, une aide au remplissage. La MDPH en ligne doit rester une option, jamais une nouvelle barrière. Le portail de la MDPH de la Savoie (ouvre un nouvel onglet) recense ces démarches.

L'enfance et le handicap, les grands oubliés de la vallée

C'est ici que le décalage entre les annonces nationales et la réalité mauriennaise est le plus net. La CNH vise 3 000 pôles d'appui à la scolarité et un parcours scolaire sans rupture. Dans la vallée, le constat est plus rude : aucun dispositif scolaire spécialisé pour les troubles du neurodéveloppement (UEMA, UEEA, équipe d'autorégulation) n'est implanté en Maurienne. Nous l'avions documenté, sources à l'appui, dans notre article sur l'école inclusive et les troubles du neurodéveloppement en Maurienne : les quatre implantations savoyardes sont toutes hors de la vallée.

Le manque ne s'arrête pas à l'école. Le diagnostic précoce suppose des professionnels disponibles et proches, alors que les délais s'allongent et que les familles descendent souvent vers Chambéry. Et le répit des aidants, que la CNH veut renforcer, illustre le même angle mort : les solutions de répit présentes en Maurienne (accueil de jour de l'EHPAD La Bartavelle, activités de France Alzheimer Savoie) visent le grand âge et la maladie d'Alzheimer. Pour les parents d'un enfant en situation de handicap, épuisés et sans relais, il n'existe pas d'équivalent de proximité. Ces familles portent seules, sans pause, un accompagnement de tous les instants.

Ce que la Maurienne peut demander

Un cadre national ne vaut que par son exécution locale. Le Lyon-Turin va profondément transformer la vallée dans les prochaines années : c'est l'occasion, ou jamais, d'y intégrer l'accessibilité, plutôt que de la traiter après coup. Pour que les 65 mesures deviennent des engagements concrets à l'échelle mauriennaise, voici les priorités :

  • Faire de la nouvelle gare de Saint-Jean un modèle d'accessibilité. Puisqu'elle est reconstruite pour le Lyon-Turin, elle doit être pensée dès le départ pour tous : quais, cheminements, information sonore et visuelle, continuité jusqu'aux cars et aux stations.
  • Garantir des transports de substitution réellement accessibles. Tant que durent les travaux, chaque car de remplacement doit être utilisable en fauteuil, sans réservation la veille et tous les jours de la semaine.
  • Réserver une part du logement rénové aux personnes handicapées. La démarche Grand Chantier rénove des logements vacants pour loger les salariés du Lyon-Turin : un quota de logements adaptés PMR pourrait y être fléché, avant que le marché ne se referme.
  • Ouvrir un dispositif scolaire TND en Maurienne. Une UEMA, une UEEA ou une équipe d'autorégulation dans le bassin de Saint-Jean éviterait aux familles de descendre vers Chambéry ou Albertville.
  • Créer une solution de répit pour les familles d'enfants handicapés. Le répit existant vise le grand âge : il manque un relais de proximité pour les parents épuisés d'un enfant en situation de handicap.
  • Maintenir des guichets humains de proximité, pour que la dématérialisation des démarches reste un choix, pas une barrière de plus dans une vallée où le numérique n'atteint pas tout le monde.
  • Associer les personnes concernées et leurs aidants, selon la méthode revendiquée à la CNH : « faire avec, et non pour ».

Un exemple, ici même : une place accessible devant le cabinet

L'accessibilité ne se joue pas qu'à Paris. Elle se joue aussi à l'échelle d'une rue. Le cabinet est un lieu de soins paramédical : il reçoit chaque semaine des patients à mobilité réduite, parfois en fauteuil, souvent accompagnés d'un parent qui porte du matériel ou tient un jeune enfant par la main. Or il n'existe aujourd'hui aucune place de stationnement réservée devant le cabinet, rue du général Ferrié.

Une demande simple a donc été formulée : créer une place de stationnement handicapé devant le cabinet, dans le cadre du projet de réaménagement de la rue. Portée auprès de la précédente municipalité (M. Gaëtan Mancuso), elle a été renouvelée auprès de la nouvelle équipe municipale et de son premier adjoint, M. Jean-Pierre Exartier, à qui le projet de rue revient désormais.

C'est exactement le genre de mesure que la CNH appelle de ses vœux : concrète, peu coûteuse, et qui change la vie quotidienne. Une place bien placée, c'est un patient qui accède seul à ses soins plutôt que d'y renoncer. Nous espérons que le réaménagement de la rue du général Ferrié saura l'intégrer.

La CNH pose une idée juste : l'accessibilité ne devrait pas être une promesse abstraite, mais la possibilité de vivre sans quémander une dérogation, une aide exceptionnelle ou une organisation permanente. En Maurienne, cela veut dire une chose très concrète. Pouvoir aller au travail, à l'école, chez le médecin, à la mairie, à la gare ou à une activité sportive dans des conditions ordinaires. En vallée comme en montagne. En saison comme hors saison.

Sources